Communiqués / Avis

Déboires du label Gavarnie

La déconsidération semble frapper ce village pourtant internationalement connu.
En regard de l’image positive et dynamique que véhicule publicités et média, on ne peut que constater la désillusion qui se développe au sein de la population locale et au-delà.
L’affaiblissement est manifeste, le village semble figé après avoir été pourtant promu comme un rare produit de consommation touristique. La torpeur gagne aussi le canton.
Cela apparaît dans le récent Schéma interrégional d’aménagement et de développement du massif des Pyrénées (page 9) :
«Les gains de population dans l’ensemble du massif depuis 1990 ne doivent pas masquer la continuité de la perte d’habitants depuis 18 ans dans certains cantons. En zone montagneuse, elle résulte d’un solde migratoire négatif pour deux cantons (Vicdessos et Luz-Saint-Sauveur)».
Étonnant pour un observateur extérieur, car ce canton comprend trois stations de ski, deux stations thermales, des sites internationalement connus, un parc national, un patrimoine mondial exceptionnel… !
Et le million de visiteurs annuels du cirque de Gavarnie, souvent évoqué a, lui aussi, sérieusement fondu.
Seules quelques voix isolées, comme celle de FNE 65, osent nuancer l’euphorie et souligner l’écart entre le mythe diffusé au dehors et la réalité vécue localement.
La désillusion du moment, ne la doit-on pas aux choix d’aménagements décalés et disproportionnés avec, par exemple, celui du projet excentré et exogène de l’UTN immobilière de la commune : une résidence de tourisme sur quatre hectares dans la zone de Baretge.
FNE 65 continue de le contester. En janvier, puis en avril dernier, avec le concours de Me Julien Soulié, du barreau de Tarbes, nous avons demandé à la Commission des communautés européennes (CCE) d’engager une procédure en manquement, faute pour la France de respecter les dispositions de la directive communautaire n°92/43 du 21 mai 1992, mettant directement en cause la protection d’espèces protégées, notamment l’aigle royal et le gypaète barbu.
Avec deux moyens sérieux :
– D’une part, l’Etat a validé le DOCOB du site Natura 2000 Gavarnie, lequel souligne l’impact d’un tel projet immobilier sur ce site. Mais, contradictoirement, l’Etat a aussi autorisé cet important projet dans un secteur sensible, alors même que l’évaluation des incidences de l’UTN de Baretge sur le site Natura 2000 était absente des dossiers administratifs.
– D’autre part, FNE 65 constate qu’une partie de l’assiette du projet est bien localisée au sein de la zone de sensibilité majeure (ZSM) du Gypaète barbu. Les autorités françaises ont donc autorisé un projet immobilier dans la zone de protection d’une espèce en danger, sans exiger une étude relative aux conséquences de cette activité humaine sur une espèce protégée.
Sans compter que l’analyse approfondie des zones de sensibilité du gypaète barbu et de l’aigle royal montre qu’elles évitent curieusement de toucher au quartier de Baretge, une zone indispensable pourtant à la survie de ces espèces.
Ce que nous attendons de la CCE, et plus précisément de la Direction générale de l’environnement (DGE), c’est l’envoi à la France d’une mise en demeure au titre de l’article 258 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne qui aurait pour conséquence l’abandon du projet immobilier.
Dans ce triste tableau, évoquons aussi les décourageants résultats d’exploitation de la station de ski des Espécières, véritable gouffre financier se répétant d’année en année. FNE 65 rappelle qu’à sa demande, une instruction judiciaire se poursuit en raison de l’enneigement artificiel de la station réalisé sans toutes les autorisations, notamment au titre de la loi sur l’eau.
Aujourd’hui, le devenir de la commune se trouve plus sûrement dans des projets appropriés au contexte local. Avec notamment le développement d’un tourisme toutes saisons et d’une urbanisation maîtrisée, ne portant pas atteinte au patrimoine naturel et culturel.
Les atouts sont là pour stimuler le village et en faire un exemple de réhabilitation et de relance de l’économie touristique pyrénéenne.
Au tout premier rang de ces atouts, il y a seize ans déjà, l’inscription au Patrimoine mondial de l’humanité de l’ensemble «Pyrénées Mont-Perdu» comprenant le cirque de Gavarnie, monument de la fierté bigourdane. À valoriser évidemment, en se conformant rapidement aux demandes de l’Unesco avec d’abord la relocalisation du Festival de Gavarnie près du village, pour la grande satisfaction des restaurateurs du secteur qui chaque année, exaspérés, regardent passer durant trois semaines, les festivaliers allant prendre chaque soir leur repas à La Courade.
Dans un contexte de crise économique et de changement climatique – aux effets sensibles, avec les récentes crues dramatiques dans nos hautes vallées – il est plus que temps pour Gavarnie de prendre conscience qu’elle possède aussi des possibilités de tourisme de découverte des milieux naturels et culturels attractifs (transfrontalité, site Unesco, pastoralisme,…) qui la distingue particulièrement – avant que la situation ne soit gravement compromise.

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