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Conseil lecture d’un militant

GREENWASHING Manuel pour dépolluer le débat public
par Aurélien Berlan, Guillaume Carbou et Laure Teulières (Anthropocène SEUIL – mars 2022)

Ce manuel d’autodéfense intellectuelle permet d’appréhender le greenwashing dans toute son ampleur. Des scientifiques, chercheur.euses et spécialistes de ces questions révèlent les fausses promesses, les illusions rassurantes et les formes d’enfumage qui nous enferment dans des trajectoires insoutenables.

Le greenwashing, nous baignons dedans, parfois sans nous en rendre compte, souvent par l’effet de la « fabrique du consentement ». On flatte notre besoin de « zone de confort » : on va seulement changer la motorisation de notre bagnole individuelle, on va seulement coller sur la bouffe des étiquettes HVE et autres, nous garantissant une alimentation saine… pas d’angoisse, on sait capturer le CO2, la croissance verte va créer plein d’emplois, etc., etc.


Le greenwashing opère subtilement par verrouillage de la pensée qui se traduit par une logique reposant sur 3 piliers : économisme, solutionnisme technologique et pensée en silo.

  • L’économisme : on finit par nous faire croire que seuls les mécanismes de marché peuvent faire fonctionner la société (rentabilité, compétitivité, concurrence libre et non faussée, croissance…), qu’on peut tout marchandiser, transformer en « produits financiers » y compris des « services écosystémiques » de la nature, faire de chaque collectivité un investisseur et de chaque citoyen un actionnaire.
  • Le « solutionnisme technologique » : il vient en complément pour nous rassurer parce qu’il trouve des solutions à toutes les menaces climatiques et autres qui sont autant d’opportunités pour les investisseurs. La recherche, par les grands investisseurs, de produits financiers dans le secteur porteur de la « transition énergétique industrielle » a pour principale raison la crainte de voir leurs actifs mis en difficulté parce qu’ils ne répondraient pas aux “enjeux du changement climatique”. Le volume de ces investissements et la dimension industrielle des solutions ainsi financées, ont pour effet de ridiculiser toutes les tentatives d’alternatives. En même temps ces investisseurs et leurs partenaires industriels font le lobbying nécessaire pour déréguler le secteur de l’énergie.
  • La pensée en silo : c’est le contraire d’une pensée systémique et ça laisse croire qu’on peut traiter les problèmes par secteur.
    – On développe du photovoltaïque et de l’éolien industriels pour produire de l’énergie “décarbonée” et on ne prend pas en compte le CO2 produit par les centrales thermiques compensant l’intermittence, ni les problèmes posés par l’extractivisme minier ;
    – On produit des agrocarburants au détriment de la production agricole vivrière, ou encore on prétend que le photovoltaïque sur terres agricoles fournit des « services agronomiques », et on artificialise des sols en dépréciant des activités agricoles, etc.

Le greenwashing récupère tout, même la biodiversité, transformée en outil de gestion :

  • une bande enherbée en bordure de champ permet d’épandre des phytosanitaires sur des
    centaines d’hectares ;
  • la compensation permet de détruire ici en restaurant là ;
  • la « neutralité carbone » de l’aviation est assurée en faisant planter des arbres clonés et en
    chassant les habitants des zones de reboisement industriel, etc.

Ce que les greenwashers ne nous disent pas : par exemple, qu’il faudrait un département français entièrement couvert d’éoliennes pour fournir en hydrogène les seuls vols au départ de Roissy… ou 10% de la surface agricole française pour les faire voler en agrocarburant !
Tout réduire à l’empreinte carbone, et pire encore au CO2, comme unique cible de réduction des impacts de la prédation industrielle, c’est laisser le champ libre à de nouvelles menaces sur la santé de la planète et de la population : nouvelles pressions sur les ressources naturelles, sur la biomasse, sur les fonctionnalités des sols agricoles et forestiers, etc.


Il est urgent de rappeler qu’une conception systémique de la transition écologique doit redonner toute sa valeur au travail humain face à la financiarisation et à la dématérialisation généralisées, rendre leur rôle aux processus agrobiologiques face à l’artificialisation des sols et à l’industrialisation de la chaîne alimentaire, enfin, laisser s’épanouir la biodiversité et restaurer ainsi la santé des milieux de vie et la santé des humains.

« Greenwashing, manuel pour dépolluer le débat public » est à lire de toute urgence !

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